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Une situation cruelle : mon point de vue après l’accord Jadot Hamon et la position de Dany Cohn-Bendit

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Une situation cruelle

Pour la première fois depuis 1974 les écologistes n’auront pas de candidat officiel. Après la consultation pour favoriser un rapprochement avec Benoît HAMON,  le verdict est tombé cette semaine, Yannick Jadot a proposé de retirer sa candidature au profit d’une alliance avec le candidat du Parti Socialiste sur la base d’une plateforme électorale qui reprend nos grandes lignes programmatiques. Cette démarche a été approuvée par les sympathisants de l’écologie, largement. Bien sûr l’accord est imparfait, cela ne conviendra pas à la pureté idéologique de certains. Cette situation n’est évidemment pas notre choix premier mais je l’ai soutenu,  parce que cela permet de bouger les lignes et de sortir de notre entre soi de plus en plus étriqué. Mais il est clair que l’écologie n’appartient plus à EELV et que de nombreux militants et sympathisants sont favorables à un large rassemblement de la gauche et du centre pour changer le paysage politique.

Certains critiquent en interne ce choix, notamment pour cause de déni de démocratie, (Y Jadot ayant annoncé son retrait avant le vote). Pour autant, nous avons voté deux fois, une fois pour savoir si on pouvait discuter, une autre fois pour approuver, un accord déjà scellé. Il me semble qu’on aurait du voter une seule fois pour dire oui ou non. Mais voter pour savoir si on peut discuter, dans le cas d’espèce est surtout non pas une preuve de démocratie, mais une marque de défiance envers nous-même. EELV, mais les verts avant, sont incapables de travailler avec un mandat et de se faire confiance. Résultat, on a mis dix jours pour approuver des discussions déjà fortement engagées et c’était naturel au vu des circonstances internes et externes. Bilan, on s’est fait doubler par Macron Bayrou qui ont engrangé la dynamique du rassemblement.

Le second point, et cela fait plusieurs fois que cela arrive, c’est le décalage entre ce que pensent en général les cadres du mouvement, souvent « radicaux motivés » voulant en découdre et la majorité des sympathisants ; pour preuve l’élection surprise de Yannick Jadot et le score de ces deux « référendum » qui ont plébiscité le rassemblement mais aussi l’ouverture.

En ce qui me concerne, j’ai accompli mon devoir. J’ai soutenu Yannick Jadot depuis le début de la primaire, car il représentait à mon sens une écologie sans concession mais ouverte sur la société. J’ai participé aussi activement à la recherche de parrainages pour mettre sur orbite sa candidature. Aujourd’hui, après ce vote, nos idées, seront défendus par Benoît Hamon. Mais comme cela l’ a été dit par plusieurs « observateurs » l’écologie sera défendue aussi en partie par d’autres candidats comme Jean-Luc Mélenchon mais aussi par Emmanuel Macron. L’offre politique écologiste n’a jamais été aussi riche…
Au final cette séquence est bien sûr cruelle pour EELV.

En effet, en quelques semaines, Benoît Hamon a mis en haut de l’étagère du projet PS les thèmes que les écologistes portent depuis belle lurette!
La transition écologique et l’économie sociale et solidaire seront maintenant, espérons-le,  un socle solide d’un PS « dépoussiéré », puisqu’il a dit « qu’il ne penserait plus le social sans penser l’écologie ».
 
La percée soudaine de Benoît Hamon, sans négliger ses qualités personnelles,  ne tient pas d’abord à son charisme ou à une personnalité hors norme, mais surtout à quelques idées nouvelles, pour le PS, qu’il a su mettre en résonance avec les aspirations d’une partie de la société,  comme sa réflexion sur la place du travail avec des propositions novatrices comme le revenu de base ou « taxer les robots ».
 
‎Il en va de même,  sur un autre registre avec Emmanuel Macron. Si l’ADN commun avec l’écologie est plus distante, bien que son projet se verdisse rapidement, l’idée européenne que défend l’ex Ministre de l’économie constitue aussi un pont non négligeable avec nos valeurs européennes, sans compter la caution que sont en train de lui apporter certains écologistes, pas tous opportunistes. L’alliance avec François Bayrou marque un tournant de la campagne mais également pour le paysage politique post présidentielle.
Et pour conclure, la conversion‎ effectuée par Jean-Luc Mélenchon met également en évidence la mue de la gauche communiste productiviste et radicale sur les questions environnementales, là où Montebourg a échoué en quelque sorte.

Ces trois candidats ont aussi la particularité de donner chacun à leur façon un coup de pied dans la fourmilière institutionnel de la Vème Républqiue avec la proportionnelle. Hamon et Mélenchon prône la 6ème République, Macron veut casser le clivage Droite Gauche, concept que les écologistes ont souvent mis en avant.
 
Ainsi, on constate une véritable OPA sur l’écologie politique. En l’espace de quelques mois, 3 acteurs émergents ont mis en avant à des degrés divers des thèmes centraux‎ du fonds programmatique des écologistes et réussi à marginaliser encore plus EELV.
 
Ce phénomène installé met en exergue, pour le déplorer, l’échec politique et stratégique d’EELV. La nature ayant peur du vide, les idées écologistes ont été reprises par certains candidats car elles sont au cœur de la société. Sinon comment expliquer que 3 hommes politiques si différents peuvent faire leur miel d’une partie des idées que nous défendons depuis des années ?
En effet, le succès d’EELV en 2009 et 2010 s’est bâti sur une aspiration citoyenne qui visait, à travers la préoccupation écologique, solidaire et européenne, à occuper un espace politique orphelin allant d’un spectre large de Bayrou au PCF et laissé vacant jusqu’alors par le PS gestionnaire.
En l’espace de quelques années, EELV s’est laissée dépouiller par Mélenchon, avec la planification écologique, supplanter sur les questions européennes par Macron et sur les questions sociétales par Hamon.
‎L’écologie d’EELV n’ a pas su incarner un réformiste radical du centre à la gauche, sans tomber parfois dans la caricature gauchiste, voire « bordélique », alors qu’elle avait toutes les cartes  en main  pour le faire.
Ce fut une occasion manquée.

Si l’accord avec le PS donne un peu d’oxygène à EELV,  la partie n’est pas terminée. Car cette présidentielle génère un « chamboule tout » politique  quasi permanent. Alors qu’on s’orientait vers un duel droite / extrême droite, nauséabond, le « pénélopegate », a renversé la table des certitudes et bouleversé la fin du film annoncée d’avance (une fois de plus).

En ce qui me concerne, après avoir abandonné le choix du cœur, Yannick Jadot, je soutiens la candidature de Benoît Hamon. Pour autant, la situation politique est très instable, c’est le moins que l’on puisse dire. Pour avoir consulté quelques militants ou sympathisants j’observe beaucoup d’interrogations et un vrai dilemme comme l’ a exprimé Daniel Cohn-Bendit.

Ainsi, sans un apport significatif des électeurs de Mélenchon, le danger est réel de voir Hamon scotché à 15%.  Il est encore possible aussi  que Macron soit troisième juste derrière Fillon. En effet, le candidat Fillon, s’il est à genoux, n’est pas à terre. Il saura compter sur un socle électoral de 20 %. Pour mémoire, Jacques Chirac, candidat par quatre fois et élu deux fois, n’a jamais dépassé les 20 %.

Si Hamon incarne le renouvellement d’une partie de la gauche, de nombreux citoyens souhaitent un renouvellement profond  et sont fatigués du clivage droite gauche, que les écologistes ont cherché à dépasser à maintes reprises. Face à la montée insupportable du FN, la volonté d’engager un large rassemblement non sectaire sur des bases politiques plus saines est aussi une aspiration qui traverse la société et qu’il faut comprendre.

On ne peut que constater pour l’heure que la campagne de Benoît Hamon, malgré les belles idées, est sur un faux plat. On entend peu de ténors du PS valider la démarche approuvée par les citoyens lors de la primaire et encore moins se féliciter de l’accord avec EELV.  Sans compter le feuilleton avec Mélenchon, qui tourne à la mascarade.  Si d’ici quelques jours il n’y a pas une nouvelle dynamique, son sort risque d’être scellé par de nombreux électeurs qui voudront éviter à tout prix un duel Fillon-Le Pen. Entre voter « pour se faire plaisir » ou voter efficace dès le premier tour, il y aura un choix que de nombreux électeurs n’hésiteront pas à faire avec un risque de voir dévissé Hamon et une remise en cause de l’accord PS EELV ;

Le projet écologique de Benoît Hamon est assez abouti, mais pour avoir une chance d’être appliqué il est essentiel de passer d’un projet qui nous ressemble à un projet qui rassemble.

Gérard CHAUSSET

 

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